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L'art du clip spécial Daft Punk

Publié le 1 septembre 2021
(Re)découvrez l’approche hors normes de Daft Punk à l’image...

Si Daft Punk a annoncé sa séparation à travers une vidéo (Epilogue, extraite de leur film Daft Punk's Electroma), ce n’est pas un hasard. En effet, le duo à la renommée mondiale a toujours fait de ses clips un moyen d’expression artistique aussi important que sa musique. Il faut dire que les musiques électroniques, souvent instrumentales et abstraites, ouvrent un champ des possibles sans limites lorsqu’il s’agit de les illustrer en vidéo. Après cette annonce qui en aura attristé plus d'un.e, il nous semblait incontournable de consacrer entièrement cette rubrique à ce groupe mythique.

 

Da Funk

Leur premier clip, sorti en 1996, aura sans aucun doute interpellé quiconque est tombé dessus, qu’il adhère à la musique du groupe ou non. On le doit à Spike Jonze, un jeune réalisateur de clips inspiré qui fera ses preuves par la suite au cinéma avec deux longs métrages remarqués (Dans la peau de John Malkovich et Her).

Le clip est tourné comme une scène de film et ce sont les dialogues entre les personnages qui sont mis en avant, quitte à faire passer la musique au second plan, chose très rare dans l’histoire du clip vidéo. L’histoire repose sur un décalage entre des scènes tout à fait ordinaires du quotidien et une absurdité qui saute aux yeux mais qui semble pourtant ne choquer personne. Charles, le personnage que l’on suit tout au long du clip, déambule de nuit dans les rues animées de New York. Il a une jambe plâtrée et porte à la main un ghetto-blaster qui diffuse le morceau des Daft Punk. Autre particularité, et non des moindres : l’homme a une tête de chien et des pattes en guise de mains. Mais bizarrement, personne ne semble s’étonner de cette anomalie. Des enfants se moquent de sa démarche hésitante, un vendeur de rue lui fait une remarque sur sa musique trop forte, mais pas un ne semble surpris par le reste qui saute pourtant aux yeux des spectateurs. Une situation à la fois malaisante et drôle, poussée encore plus loin dans l’absurde lorsque Charles croise une ancienne connaissance, mais que celle-ci ne le reconnaît pas… C’est vrai qu’un homme à tête de chien ça s’oublie vite !

25 ans après, le public, lui, n’a certainement pas oublié cet homme-chien aussi étrange qu’attachant, car en seulement 5 minutes 30, les Daft Punk ont frappé un grand coup. Le clip de Da Funk est un petit chef d’œuvre d’inventivité, d’humour, de décalage, et d’audace, parfaitement à l’image de ce que le duo proposera par la suite.

 

 

Revolution 909

Pour son premier album, Daft Punk multiplie les clips aux références appuyées au cinéma américain. Évoquons rapidement Burnin (1997), qui raconte comment un pompier a trouvé sa vocation en éteignant un barbecue qui commençait à flamber lorsqu’il était enfant. Tourné à Chicago, il rend également hommage aux DJ House qui ont influencé le duo. Pour Revolution 909 (1998), ils font appel à Roman Coppola, un jeune réalisateur spécialisé dans le clip qui n’est autre que le fils du réalisateur du Parrain. On y voit des jeunes en pleine rave party dans une ruelle sombre de Los Angeles. Une voiture de police intervient, et une jeune fille semble sur le point de se faire interpeller lorsqu’elle voit une tâche de sauce tomate sur le T-shirt du policier. Démarre alors une illustration de l’effet papillon, montrant en flashback la germination d’une graine de tomate, puis tout son parcours jusqu'à la tâche sur le T-shirt. L’attention du policier est détournée quelques secondes lorsqu’il découvre à son tour la tâche, ce qui permet à la jeune fille de s’échapper.

Une chose est sûre, les Daft Punk maîtrisent à la perfection l’art du vidéo clip décalé. Qui aurait imaginé qu’un clip débutant comme une scène de film américain, avec descente de flics et course-poursuites, virerait en quelques secondes au reportage agricole sur la filière de la tomate, puis à l’émission culinaire pour ménagères de plus de 60 ans ? Personne ! Et c’est bien là toute la force et l’originalité de ces quelques minutes. Marquantes parce que déconcertantes. Et le résultat est d’autant plus réussi qu’avec une telle idée de base, le clip aurait pu facilement tomber dans le ridicule sans le talent du réalisateur, guidé par les deux artistes surdoués.  Grâce à eux, on sait désormais qu’un détail aussi insignifiant qu’une tâche peut changer une destinée, et au passage, on aura aussi appris la recette de la sauce tomate de la famille Coppola !

 

 

One more time

Dès leur tout premier clip, les Daft Punk auront marqué par leur univers visuel fort, inventif, et toujours impeccablement soigné. S’ils ont eu le flair de collaborer sur l’album Homework avec de jeunes réalisateurs surdoués, pas encore connus à l’époque, comme Spike Jonze, Michel Gondry, ou Roman Coppola, les deux musiciens ont aussi eu l’idée de génie de confier les clips de l’album Discovery à un maître du manga japonais Leiji Matsumoto, créateur du dessin animé culte Albator.

Lorsque One more time, premier single de l’album Discovery, sort en novembre 2000, personne ne se doute encore qu’il va rencontrer un succès phénoménal, et imposer le groupe comme LA référence électro dans le monde. Le clip qui l’accompagne, un film d’animation au graphisme impeccable et coloré, va créer la surprise et lui aussi marquer les esprits. Dès les premières images, il ravit le cœur de tous les nostalgiques des dessins animés japonais des années 80 qui reconnaissent les similitudes avec l’univers intergalactique du personnage culte Albator. Et ces ressemblances ne sont pas le fruit du hasard puisque les dessins ont été réalisés par le créateur du corsaire de l’espace lui-même, Leiji Matsumoto, et que le clip a été produit par le mythique studio Toei Animation (Albator, Candy, Goldorak, Capitaine Flam, Galaxy Express 999, Les Chevaliers du Zodiaque, Dragon Ball, Sailor Moon, etc.).  Nés tous deux au milieu des années 70, les « Daft » Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, ont, comme toute une génération, été bercés par ces dessins animés marquants. Ils diront que cette collaboration artistique est un rêve d’enfant qui devient réalité. Et on les comprend. On les envie même. D’autant que les deux musiciens ne se sont pas contentés d’un seul clip. Tant qu’à solliciter un mangaka légendaire, autant lui demander un long-métrage ! Par chance, celui-ci a accepté.

One more time est en fait le premier chapitre d’Interstella 5555 : the story of the secret star system, dessin animé musical d’1h05mn sorti 3 ans plus tard et reprenant l’intégralité des titres de l’album Discovery. L’histoire est écrite par le duo et leur ami Cédric Hervet pendant les séances d’enregistrement de l’album. Elle mêle science-fiction et industrie musicale : un groupe de quatre musiciens extra-terrestres, Stella, Baryl, Aspergius, et Octave, sont kidnappés par un mystérieux producteur et transformés en humains afin de les faire devenir des stars sur Terre. Privés de leurs souvenirs et de leur liberté, ils ont peu de chance de s’en sortir. Shep, un pilote amoureux de Stella, est alerté de l’enlèvement. A bord de son vaisseau, il se lance à la poursuite des ravisseurs jusque sur Terre.

Mettre en image l’intégralité d’un album n’est pas chose aisée. En premier lieu, pour des raisons financières. C’est pourquoi les artistes se lancent rarement dans un tel projet, bien que beaucoup en expriment l’envie.  A l’aide d’un budget de 4 millions de dollars, les Daft Punk ont brillamment réussi l’exercice. Les 65 minutes sont réjouissantes et visuellement superbes. Faire correspondre l’animation avec les 14 morceaux déjà composés relevait du challenge, mais majoritairement ça fonctionne. Que ce soit sur les passages dynamiques (le concert sur One More Time, l’enlèvement du groupe sur Aerodynamic), ou sur les passages plus oniriques et poétiques (le rêve de Shep sur Digital Love, la déclaration de Shep à Stella sur Something about us).

Daft Punk aura eu raison de rêver grand. Interstella 5555 est une œuvre unique et originale, avec une part nostalgique, voire régressive, qui fait du bien. L’album Discovery aurait pu se passer d’un si bel habillage tant il est déjà proche de la perfection. Mais ces images l’enrichissent encore davantage, pour notre plus grand plaisir.

 

 

 

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