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Le bazar des mauvais rêves

Publié le 13 septembre 2019

Le bazar des mauvais rêves : nouvelles

« J'ai écrit ces nouvelles rien que pour vous.Mais attention ! Les meilleures ont des dents... » Stephen King Un homme qui revit sans cesse sa vie (et ses erreurs), un journaliste qui provoque la mort de ceux dont il prépare la nécrologie, une voiture qui dévore les badauds... 20 nouvelles pour la plupart inédites, précédées chacune d'une introduction du maître sur les coulisses de leur écriture.


Pour moi, Stephen King c'est le collège, avec son lot de petites pestes boutonneuses que j'ai semé entre les pages des livres du CDI. A l'époque j'étais très seule (rassurez-vous ça a bien changé depuis, je fais des fêtes de malade avec tout le gratin cergypontain) et pour tromper la solitude (très humiliante dans une cour de collège) je me suis  passionnée pour la lecture en général et Stephen King en particulier. Ce fut lui mon premier amour littéraire (avec Zola). Pourtant ça avait mal commencé entre nous, "ça" avait eu raison de moi en moins de 200 pages. Mais je me suis quand même passionnée pour lui. Je l'ai dévoré avec ce mélange de fascination et de répulsion que génère la perversité humaine ou surnaturelle puis je l'ai quitté pour d'autres passions littéraires. De tant à autre quand la nostalgie me prend je reviens à mes premiers amours et j'ouvre avec une jubilation toute adolescente un livre de Stephen King. C'est ainsi que j'ai lu quelques petites pépites comme revival. Alors que je sortais d'une longue phase sans lecture (fait extrêmement rare chez moi), voilà Le bazar des mauvais rêves qui me tombe sous le coude et je me suis dit que j'allais à nouveau me laisser tenter par un voyage dans le passé.

En fait je préférerais me casser les deux bras et me coincer la bite dans la braguette de mon jean.

Autant rentrer dans le vif du sujet tout de suite, j'aime ce côté cru. On pourrait croire ces envolés lyriques vulgaires et gratuites mais c'est justement ce qui rend ces personnages tellement réels.  

Ce que j'admire le plus chez cet auteur c'est sa capacité à me passionner avec rien. Prenons la première nouvelle, l'histoire d'une voiture mangeuse d'hommes. Franchement je n'aime pas les films d'horreur ça m'em... profondément et un truc aussi bateau qu'une bagnole qui dévore des gens normalement ça ne m'intéresse pas, mais vraiment pas. Sauf que Stephen King a un don, celui de faire naître en vous une tension teintée d'une légère angoisse qui ne vous quitte pas, voir vous rend complètement accros (qui n'a pas supplié sa femme, la bave aux lèvres de lui laisser encore un chapitre avant d'éteindre la lumière ?? Qui ?).  Il vous surprendra même vous, lecteur aguerri et exigent. Il y a fort à parier que vous finirez langue pendante, yeux cernés de n'avoir pas dormi, hantés par des cauchemars sortis de l'imagination d'un américain de 71 ans.

Malgré tout, mon attachement à Stephen King tient essentiellement au fait que dans ses histoires il n'y a jamais qu'une voiture monstrueuse ou je ne sais quelle invention d'un cerveau malade. Non, parfois, il n'y a même rien que des humains, ces petits être perfides et superficiels qui en matière d'horreur n'ont pas besoin d'une licorne maléfique pour se faire du mal (Morale est édifiante sur le sujet).  L'horreur aussi fantastique soit-elle vient souligner les comportements bassement humains qui eux sont bien réels.

Il y a un autre point important. Pour parler comme l'auteur, c'est foutrement bien écrit.  Pas au sens d'une phrase longue, alambiquée avec des mots du style "rébarbatif, oripeau, recrudescence ou encore amène". Non, c'est rapide, saccadé, chaque personnage est travaillé  et ça tombe juste (Batman et Robin ont un accrochage) :

Une fois, il avait renversé son lit et été récompensé de ses efforts par un poignet cassé. Quand l'aide-soignant de service - José, le préféré de Pop - lui avait demandé pourquoi il avait fait ça, Pop avait répondu que c'était parce que ce putain de Gunton voulait pas baisser sa radio. Il n'y a pas de Gunton, évidemment. Pas ici. Quelque part dans le passé, peut-être. Sûrement.

Et puis parfois c'est aussi cruellement drôle (pour en avoir confirmation direction La dune). Autrement dit Stephen King me fait  rire, me tient en haleine, me fait peur... Il lui est même arrivé de me faire monter quelques larmes au coin de l'oeil même si c'est rare.

Si j'ai choisi Le bazar des mauvais rêves c'est parce qu'il s'agit d'un recueil de nouvelles (donc rapide à lire) et parce que chacune est précédée d'un petit "et derrière le rideau". Il se trouve que je suis moi-même un génie de l'écriture encore méconnue mais surtout incomprise par les éditeurs. Je me suis donc dit que quelques conseils de l'homme aux 50 romans et 200 nouvelles pouvaient éventuellement m'être utile.  Le bonhomme ne brille pas par sa modestie, il est même assez prétentieux, à moins que ce ne soit que de l'honnêteté, difficile à dire. J'avoue être un peu déçu par cette partie que j'attendais plus fournie avec peut-être une grande révélation sur l'entrée en écriture.

S'il y a quelque chose à retenir des divers préambules du recueil c'est que tout, absolument tout, peut faire une bonne histoire. Un petit rien de la vie quotidienne, une fille dans un bus (voir ce bus est un autre monde) et voilà l'imagination de l'écrivain qui s'emballe. Si Stephen King a un secret c'est celui-là. Cette homme écrit tout le temps et voit toute sa vie, tout ce qui l'entoure, tout ce qu'il entend comme autant de matière à écrire un roman.

H

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